Paul Nihoul
Homme brillant à la carrière impressionnante. Paul Nihoul (1963) est actuellement professeur à l’UCL où il effectue des recherches interdisciplinaires sur le phénomène de la concurrence dans la société. C’est par des exemples tirés de son observation personnelle et par des recherches scientifiques sur les phénomènes de concurrence qu’il tente de mieux comprendre les interactions humaines et de formuler des propositions pour une société meilleure. Dans ses recherches, il analyse le phénomène concurrentiel dans des contextes aussi variés que la régulation des marchés, la conduite des affaires, la gestion du personnel ou l’éducation des enfants.
Atteindre ses limites, puis les dépasser
Issu d’une famille composée de quatre garçons, Paul Nihoul grandit dans un milieu dont l’origine est plutôt modeste. « Nous descendons de manants attachés à l’abbaye de Saint Denis » s’amuse à répéter le patriarche, qui a lui-même fort bien réussi dans le secteur bancaire. Dans cette famille, l’exigence occupe une place de choix. Il faut travailler, travailler et travailler encore. Atteindre ses limites et, même, les dépasser. Ne pas se contenter d’un effort, mais en ajouter un autre. Ouvrir sans cesse des chantiers nouveaux impliquant des découvertes nouvelles. Désir de revanche sociale ayant traversé les âges? Ou émulation due à une éducation donnée à quatre enfants de sexe masculin appelés à concourir « sur un même marché » comme on dirait en langage des affaires ?
Harvard et la société américaine
Quoi qu’il en soit, le jeune homme obtient d’abord à l’UCL un diplôme de Philologie Romane à l’UCL agrémenté de Philosophie. Une formation qu’il affectionne car selon lui, « le langage est essentiel et constitue une force ». C’est dans ce contexte qu’il se rend compte, pour la première fois, du nombre de récits mettant en œuvre des relations concurrentielles, les difficultés que cela peut susciter pour les protagonistes, les solutions que trouvent ces derniers pour gérer ces situations.
S’imaginant ailleurs, Paul Nihoul bifurque ensuite vers le droit qui l’amène aux Etats-Unis. Non seulement parce que c’est là qu’il faut être si l’on veut pousser jusqu’au bout l’excellence – il étudiera dans cette université qui suscite la fascination : Harvard. Mais aussi parce que l’étude du phénomène concurrentiel est poussée, dans ce pays, à son extrême. Là, Paul Nihoul découvre une autre manière de penser la concurrence. Ce n’est plus le phénomène que l’on veut réguler et dont on enseigne aux plus jeunes, à travers force récits, qu’il faut s’en méfier. C’est au contraire la base, le pilier même de la société – ce autour de quoi toute la société est organisée.
Concilier, concilier et concilier encore
Bardé de diplômes obtenus avec les grades les plus élevés, Paul Nihoul fait ses premiers pas professionnels dans des milieux à nouveau très exigeants : avocat à New York, conseiller de ministre, conseiller à la Cour européenne de justice. Sa thèse de doctorat est réalisée sur l’abolition des monopoles publics et l’ouverture des marchés à la concurrence. Puis, il part enseigner aux Pays-Bas. « J’ai trouvé là un environnement limpide. Les gens sont faciles à comprendre. Les problèmes sont mis sur la table. Les objectifs sont explicités. Les décisions sont prévisibles car orientées vers la recherche de résultats ».
Paul Nihoul revient alors en Belgique, par amour. « Ma femme est mon double dans le parcours ». C’est le moment de fonder une famille. Et de comprendre que lancer sans cesse de nouveaux projets professionnels doit être concilié avec une autre attitude consistant à construire ensemble un avenir. Dans le milieu familial. Mais aussi dans la société tout entière.
Ce choix, il le refera, notamment lorsque sa femme eut l’opportunité d’aller travailler à Washington. Lui qui rêvait de Californie, décida, une nouvelle fois, de la suivre, « sans regret ».
Concurrence vs coopération ?
Aujourd’hui, Paul Nihoul s’attache à analyser la place qu’occupe la concurrence dans la société et celle qu’elle devrait idéalement y avoir. Parmi ses publications, La concurrence et le droit propose une étude des mécanismes concurrentiels à l’œuvre au sein de la société, notamment parmi les entreprises. Pour l’enseignant, on ne peut remettre en cause la concurrence comme façon d’organiser les activités économiques. Elle résulte du choix que nous voulons offrir aux citoyens, aux individus, aux consommateurs. Mais il faut aussi effeuiller le mythe. La concurrence ne donne pas partout les meilleurs résultats. Elle est rarement fondée sur des bases équitables. Elle doit céder la place, parfois, à la coopération. De manière croissante, d’ailleurs, dans notre monde dont les limites se rétrécissent à mesure qu’augmente la globalisation.
Le trajet de vie de Paul Nihoul reflète ses interrogations et ses choix de société. Paul Nihoul est le pape de la concurrence revisitée au 21e siècle. Un monde meilleur grâce ou malgré la concurrence ?
Rivalité : comment la gérer dans notre famille, notre entreprise, notre société?
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La concurrence est stimulée entre les entreprises. Mais elle est plutôt réfrénée dans les relations humaines. Comment expliquer ce paradoxe ? Quelle attitude encourager dans nos équipes ou nos familles ? Comment nous comporter, nous-même, dans nos relations ?
