Soeur Jeanne Devos

Conférencier
Une femme d'exception!
"La paix doit être l'oeuvre de la collectivité"

Depuis 50 ans qu'elle vit en Inde, Soeur Jeanne Devos a vu son action maintes fois reconnue. En 2005, elle est même proposée pour le prix Nobel de la paix. « Lorsqu'on m'a demandé mon avis, j'ai dit oui, bien sûr, car cela avait du sens : la paix ne peut être l'oeuvre d'une seule personne, c'est l'oeuvre d'une collectivité. Et c'est ce que nous sommes: des milliers de femmes qui veulent aider et représenter des millions d'autres ».

Vous l'aurez compris, écouter Soeur Jeanne Devos, la rencontrer, c'est une expérience unique tant elle est enrichissante et passionnante. Elle vous racontera son quotidien, celui de son mouvement, et surtout le quotidien de ces millions de femmes et enfants pour qui elle se bat depuis 50 ans.

Missionnaire

Jeanne Devos naît en 1935 dans le Hageland flamand. Jeune, davantage que de rentrer dans les ordre, elle a toujours su qu'elle serait un jour missionnaire, en Inde: " Je voulais devenir un nouveau Constant Lievens, ce missionnaire belge qui vivait en Inde à la fin du 19ème siècle et luttait pour les droits fonciers des familles pauvres. Il me fascinait". Comme elle est aussi passionnée de yoga et de méditation, ce sera l'Inde et rien d'autre!

Mais partir si loin à la fin des années 50 est un réel choix de vie. On ne voyageait pas comme aujourd'hui. "On partait en bateau et on savait qu'à de rares exceptions près, il n'y avait pas de retour possible". Le père de Jeanne lui rétorque d'ailleurs qu'elle est stupide, qu'il y a suffisamment de gens pauvres près de chez eux et qu'il n'est pas nécessaire de traverser le globe! "Mais quand mes premières lettres leur sont arrivées d'Inde, ma famille à de suite été fière de moi et m'a soutenue".

Jeanne Devos est ordonnée dans la congrégation des Soeurs Missionnaires du Coeur Immaculé de Marie. Celle-ci accepte son départ en Inde mais pour faciliter l'octroi de visa lui demande de faire deux ans d’études, dans le domaine de l'aide au handicap. C'est ainsi que Soeur Devos étudie l'orthophonie à Utrecht, aux Pays-bas, et se spécialise dans l'aide aux sourds-muets.

En 1963, Jeanne Devos quitte la Belgique pour Madras et l'Inde. Dans un premier temps, elle travaille dans un centre pour handicapés, en particulier avec des enfants sourds-muets. Un peu plus tard, elle côtoie les mouvements étudiants, notamment radicaux et les soutient dans leur volonté de retourner dans les villages combattre la pauvreté. Elle fait également la connaissance de différents mouvements de femmes.

Domestiques et esclaves

Au fil de son travail et de ses rencontres, Soeur Devos prend peu à peu conscience que la pauvreté frappe principalement les femmes et les enfants, et encore davantage ceux qui vivent dans des situations d'esclavage. Elle est notamment révoltée du nombre de filles qui sont recrutées dans les villages afin de servir de domestiques en ville, en toute ignorance et toute impuissance.

« En Inde, les plus exploités sont les esclaves sexuels, les domestiques et les enfants abandonnés. Et bien souvent ce sont les mêmes personnes ». A partir des années 80, à Mumbai, Soeur Devos décide que c'est pour elles qu'elle va se battre. Avec l'aide de trois autres soeurs de sa congrégation, elle ambitionne d'organiser des rencontres entre de nombreuses « petites servantes », pour qu'elles forment des petits groupes et puissent défendre leur droit ensemble. Tout le monde lui rétorque que c'est impossible, qu'il n'y aura jamais de solidarité entre celles qui travaillent comme domestiques. Mais Soeur Devos s'obstine. « On a informé quelques 200 femmes en leur donnant rendez-vous tel jour à telle heure. J'en espérais 20 ou 30, elles n'étaient que 7... ».

La tâche est d'autant plus difficile qu'à l'exception de sa congrégation, tout le monde boycotte son action. Des domestiques sont interdites de venir aux réunions sous peine d’être renvoyées ou battues, parfois même on les paie pour qu'elles ne s'y rendent pas. Les autorités locales font aussi barrage. « Dans ces moments-là, on doute, on se dit qu'on n'y arrivera pas mais il suffit d'un coup de téléphone qui nous informe qu'une fille est abusée à tel endroit et on repart ! »

Un mouvement national

Malgré les oppositions, d'autres femmes, d'autres groupes de femmes rejoignent petit à petit le mouvement, avec l'engagement de tous de s'aider mutuellement. Les affiliations se multiplient si bien qu'aujourd'hui, le National Domestic Workers Movement, fondé officiellement en 1985, est actif dans 24 Etats du pays. Il comprend 14.000 groupes, compte 2 millions de membres et s'exprime dans 28 langues.

Tous luttent pour que les domestiques aient des droits, travaillent dans des conditions humaines et surtout retrouvent une dignité. « C'est d'autant plus difficile qu'il ne s'agit pas de se battre pour un groupe compact mais pour 92 millions de personnes isolées, individuelles qui vivent selon l'arbitraire de leur employeur ».

En près de trente ans, l'association a déjà contribué à certains changements législatifs importants dans différents Etats, notamment la reconnaissance du travail domestique en tant que travail. « Aujourd'hui, elles ont un nom : travailleuse domestique et non plus servantes. Ce nom signifie beaucoup de chose car il implique un contrat d'emploi ». Des lois sur le salaire minimum pour les travailleurs domestiques, sur les horaires de travail, sur l'âge des travailleurs domestiques, sur leurs droits ont également été adoptées. Mais cela reste un combat de tous les jours...

Nobel de la paix ?

Depuis 50 ans qu'elle vit en Inde, Soeur Jeanne Devos a vu son action maintes fois reconnue. En 2005, elle est même proposée pour le prix Nobel de la paix. « Lorsqu'on m'a demandé mon avis, j'ai dit oui, bien sûr, car cela avait du sens : la paix ne peut être l'oeuvre d'une seule personne, c'est l'oeuvre d'une collectivité. Et c'est ce que nous sommes: des milliers de femmes qui veulent aider et représenter des millions d'autres ».

Vous l'aurez compris, écouter Soeur Jeanne Devos, la rencontrer, c'est une expérience unique tant elle est enrichissante et passionnante. Elle vous racontera son quotidien, celui de son mouvement, et surtout le quotidien de ces millions de femmes et enfants pour qui elle se bat depuis 50 ans.

Les travailleurs domestiques en Inde

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Les anciennes "bonnes à tout faire" sont aujourd'hui des "travailleurs domestiques", dotés d'une légitimité dans la société indienne. Récit de plus de 25 ans de lutte acharnée pour sortir ces femmes et ces enfants de l'esclavage.

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